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L'église du Moulin-à-Vent a quarante ans ....j'y étais !
( Un témoignage de Louise Billat )
La consécration de notre église reste pour moi un grand et merveilleux souvenir, une expérience qui aura sans doute définitivement laissé sa marque.
Mais si vous me demandez des documents, je constate â regret qu'en ce temps-là, nous ne faisions pas autant de photos ni de papiers, alors, je n'ai que ma mémoire !
Faut-il raconter quand même ?
La nouvelle église, c'est une aventure qui a commencé bien des années avant l'événement.
Si ce jour-là, nous chantions « Pierres vivantes du temple de Dieu, nous édifions son église », ces mots-là avaient tout leur sens.
C'est vraiment toute une communauté qui s'était mis au travail pour avoir l'argent nécessaire.
On montait les stands tout autour de l'église à la chaussée de Louvain. Les voisins du presbytère prêtaient leur garage pour y faire le restaurant: aujourd'hui, c'est une pizzeria !!
Nous étions presque en face : un fermier venait décharger dans la cour derrière le magasin les gros sacs de pommes de terre à éplucher.
Au milieu de la cour, d'énormes bassines en galvanisé: une pour les pommes de terre à débarrasser de leur terre, les autres pour y laver les pommes de terres épluchées.
En cercle dans la cour (s'il faisait beau) ou ... dans notre cuisine (s'il pleuvait !) une équipe d'une dizaine de vénérables dames ou demoiselles munies de leur petit couteau, sur les genoux un bassin ou une caissette pour les épluchures, à leur pied les seaux pour les pommes de terre et nous, les enfants nous avions un plaisir fou à décharger les épluchures, à apporter les « munitions » et â emporter dans les grands bassins le contenu des seaux ....... et cela causait, causait, riait ...
Les hommes venaient avec des charrettes emporter les bassines de pommes de terre épluchées qu'ils transformeraient en délicieuses frites !
Très vite nous avons été embauchées pour servir aux tables du restaurant ...pas à 13 ans car on était encore jeunes donc on pourrait desservir ! Mais l'année suivante, le stage avait sans doute été bon...j'ai encore le petit tablier blanc avec des poches pour mettre carnet et crayon que maman avait été nous acheter .........
Chaque année, on choisissait un pays comme thème.
Les dames s'habillaient en Provençales, Espagnoles, Tyroliennes, Alsaciennes .........
Pierrot, le sacristain était roi dans son stand de massacre: combien de boules ?
A côté de lui, Monsieur Lievens distribuait les lots de la tombola et .....les poissons rouges !
A la Fête-Dieu, on organisait une procession du Saint-Sacrement depuis le début de la rue Charles Bouvier du côté de l'allée du Moulin-à-Vent. Nous nous dirigions en cortège vers le champ fraîchement fauché où plus tard s'élèverait l'église. Au beau milieu des champs, on avait dressé un autel et un podium et on y célébrait la messe en plein air. Les jeunes de la profession de foi de l'année y étaient en aube de communion.
Puis on vit enfin les murs sortir de terre ....
Une première fête pour la pose de la première pierre...
Quand le bâtiment prit corps, l'abbé Hubert, notre curé, nous convoqua à des séances d'information : les architectes, les artistes expliquaient leur réalisation.... : pourquoi les murs en couleur en face des vitraux blancs, la superbe statue de Notre Dame de l'Assomption, la nécessité du plafond en bois pour l'acoustique, le rituel de la consécration et encore bien d'autres choses....
A la chorale, c'était la surchauffe : on recrutait et on répétait ... Il fallait surtout que toute l'assemblée puisse chanter ....
Pour le grand jour, il n'y avait pas encore l'orgue, il viendrait beaucoup plus tard ...... en attendant, on avait loué un instrument de grande qualité.
Savez-vous que pour l'inauguration notre clocher était muet ?
L'inauguration des cloches se fera l'année suivante !
Comment convoquer notre assemblée ?
Tout simplement ( !!!!) en faisant sonner les cloches de l'ancienne église !
Vous auriez du voir courir Pierrot le sacristain entre les deux églises !
Le revêtement du sol en ciment devait se fixer sans doute après avoir « rejeté »...
La veille de la fête, nous étions encore toute une équipe à nettoyer l'église au tuyau et au racloir pendant que d'autres achevaient de peindre en noir les pieds des bancs...
A travers ces quelques anecdotes, il faudrait pouvoir découvrir tout le vécu d'hommes et de femmes, de jeunes et de moins jeunes qui à ce moment-là ont eu la chance de vivre une communauté sans discours et sans théorie, simplement dans les actions des plus modestes aux plus glorieuses pour la mise en oeuvre d'un projet commun.
En célébrant dans la fête cet anniversaire des quarante ans, c'est sans doute ce bonheur d'être bien ensemble qui nous sera donné pour aujourd'hui ! Joyeux Anniversaire !
Louise BILLAT.
Témoignage d’un bougeois à l’occasion du 40è anniversaire de notre nouvelle église,
Et la question que je me pose, que je pose à mes concitoyens et à ceux qui vivront comme moi ces belles journées de fête est : notre voisin, au delà des liens amicaux qui font qu’on se dise bonjour, bonsoir, notre voisin, le connaît-on vraiment ? Le connaît-on au point de partager ses joies, ses peines ?
Et, en relatant ici les grandes étapes de ma vie, je me pose encore la question : mes voisins que connaissent-ils de moi ? Pour ce qui me concerne il n’ y a pas de problèmes, ils sont charmants, toujours prêts à rendre service et cela, je le dis au risque d’agresser leur modestie.
Par une nuit de réveillon, alors que les confettis entraient dans une folle farandole, un petit garçon venait au monde, on le prénomma André, il venait d’apporter a ses parents, en cette nuit du 31 décembre 1927 au 1er janvier 1928, les plus belles étrennes qu’ils pouvaient espérer.
Et les années passèrent dans le petit commerce de fleurs que tenaient ses parents puis, en 1938 ce fut la confirmation , par le cardinal Van ROEY, Primat de Belgique alors que peu avant des bruits de guerre frappaient nos oreilles (En 1936 la Chine, l’Espagne, la première résistant à une invasion sanglante des Japonais, la seconde livrée aux affres de la guerre civile ).
Alors, tout se passa rapidement , Hitler mettant en application tout ce qu’il avait vociféré depuis 1921 et surtout depuis 1923 quand, en prison, il écrivit Mein KAMPF exprimant sa haine du judaïsme , des opposants politiques, des tziganes, des homosexuels, construisant les camps de concentrations que certains d’entre vous ont visité avec horreur et d’où tant de prisonniers ont trouvé la morts ou sont rentrés au pays à l’état d’épaves (lire à ce sujet la chronologie d’Hitler, Hitler et la folie meurtrière et HTLER meurtrier ( par l’auteur du présent document). Mais en 1935, mon père étant décédé dans une accident de circulation, ma mère ne sachant plus élever ses enfants car, à l’époque, il fallait chercher les fleurs au marché matinal, je m’en allai vivre à Ronet, chez un oncle machiniste à l’Atelier Central de Salzinnes et, encore gamin, j’étais loin de penser que ce déménagement allait bouleverser fondamentalement ma vie . Déjà, en 1939, le fuhrer étant déjà maitre d’une partie de l’Europe, un ingénieur Walter DEWEZ contactait les personnes allant en Allemagne et il informa, sans succès d’ailleurs, les belges, les français , les anglais de l’invasion imminente de nos pays respectifs
A ce moment, je me souviens, comme jeune écolier, ma première réaction, à l’annonce de la déclaration de guerre fut "ouf, on ne va pas à l’école" mais il fallu vite déchanter, le deuxième jour, des bombes dans le jardin, le long périple pour arriver dans le sud de la France et, trois mois après, lors du passage entre le monde encore un peu libre ( n ’oublions pas le rôle néfaste du Maréchal Pétain) et celui occupé , première rencontre avec la dure réalité : des affiches, de grandes lettres, « sera puni de mort ».
Mais rentré au logis, je retrouvai un oncle qui était entré en résistance et à l’âge de 14 ans ½, je m’engageai courrier, ma maison étant devenue un centre important de résistance dans laquelle, jusqu’ à la libération je fis le guet pour repérer l’arrivée de voitures de goniométrie pendant qu’à l’intérieur se constituaient les dossiers des inciviques , se regroupaient les messages à envoyer à Londres, alors que je constituais de fausses cartes d’identités, accompagnais un chef du service de renseignement dans ses déplacements, me baladais des Ardennes à Namur avec un révolver ( gare à le peine de mort), usait un vélo mis à notre disposition par la Baronne Delmarmol, pour porter du courrier ou des ordres là où on me disait d’aller, échappant, par ruse à la police allemande qui m’avait interpelé sans prendre le soin de visiter mon cartable alors que je transportais des cartes d’Etat Major destinées à prendre le chemin de Londres . Et bien qu’on m’ait prévenu que ceux qui étaient pris étaient torturés puis fusillés ou envoyés dans des camps de concentration je continuai car je voulais apporter ma pierre à l’édification de la libération
Et un beau jour de septembre, les Alliés entrèrent dans Namur et je me trouvai, à 17 ans, rattaché à la classe1943, reconnu comme agent auxiliaire du Service de Renseignement et d’Action, la plus jeune « taupe « - ainsi appelait-on les agents des renseignements qui « espionnaient » pour l’Intelligence Service Britannique –« , décoré de médailles sorties seulement de leur boîte et sur insistance, le 21 juillet 2008 . Mais obligé de rester discret toute la guerre, de me priver de toute distraction, non seulement je refusai d’entrer à l’Ecole Royale Militaire, restai muet sur mes activités à l’exception de quelques confidences à mes propres voisins quand je fus âgé de 80 printemps A la libération, je pris conscience du retard que j’avais pris dans mes études et j’arrêtai alors ma devise : ce qu’un autre peut faire tu dois pouvoir le faire aussi et je fis en un an les trois années d’étude amenant au diplôme de comptable commercial ,industriel et des sociétés ,ce qui, à la Banque de Bruxelles, me permit d’être affecté à la comptabilité installée à la suite de l’arrêté GUTT du 6 octobre 1944 imposant la rentrée et le remplacement très partiel des billets de banques .Plu tard, je me retrouvai avec un képi rouge sur la tête à la SNCB mais j’entendais poursuivre l’acquis de mes connaissances pour accéder à un grade réservé aux universitaires et assimilés ou je terminai ma carrière après 43 ans de travail, comme inspecteur du mouvement ( détaché en 1970 comme Secrétaire National et membre du bureau journalier de la CSC)
Et pendant tout ce temps, je m’efforçai donner aux autres la chance que je n’ai pas eue, celle d’avoir l’enseignement de professeurs compétents, c’est pourquoi je me spécialisai en mathématiques et tous les soirs libres, j’aidais des jeunes, filles et garçons, hommes et femmes à trouver, par la formation, leur place dans la société, invité à donner des cours de math. en graduat du travail, en animant pendant des années des équipes de confirmation après que je fus désigné en 1967 et par l’Abbé Hubert, parrain d’une équipe de garçons du quartier. En revenant à notre 40è, je souligne que les confirmés de 67 furent les dernière faire vibrer de leurs cris de joie, la vieille salle situées à côté de la chapelle de la chaussée Mais, en apportant le témoignage de ma vie j’ai voulu, surtout montrer au jeunes de la paroisse que beaucoup de choses sont possibles à condition de le vouloir, que l »idéal est de se fixer une devise et de s’y tenir le plus possible
En terminant, maintenant que je suis un vieux bonhomme, heureux de voir les jeunes ( qui oublient trop souvent les poubelles du GB), me dire gentiment bonjour, quand je vois tant et tant de gens me saluer quand je suis sur le sentier, quand je vois de enfants et des adultes aussi qui me cèdent leur place dans le bus 27 pour ne o pas que je bascule sur mes mauvaises jambes quand je vois la gentillesse de mes voisins, je me dis, il fait bon vivre à Bouge ;
Mais je manquerais à mon devoir d‘ancien combattant si je ‘invitais les jeunes et leurs aînés à se souvenir que la liberté fut aussi le fait, des résistants, de Agents du Renseignement, de membre de la Presse clandestine morts, souvent après avoir été abominablement torturés , fusillés, pendus, décapités à Auschwitz, Ravensbrück, Buchenwald et ailleurs et que nous avons tous l’obligation de nous souvenir de ce qu’il ont sacrifié pour aidé les alliés à libérer notre Patrie et à devenir des sympathisants d’associations d’anciens combattants afin de maintenir vivant leur souvenir et de rester fidèle au DEVOIR DE MEMOIRE.
Fait à Bouge le 24 août 2008 André MAILLARD
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